Apprendre à vieillir.
Tout doucement, à partir d’un certain âge, d’autres diront d’un âge certain (86 ans dans mon cas), apparaissent de plus en plus de signes d’une diminution de nos capacités, qu’elles soient intellectuelles ou physiques. Il est vexant lorsque l’on a été un grand marcheur de s’apercevoir que l’on est dépassé par tout le monde lorsque l’on fait quelques kilomètres, il est désespérant d’oublier l’explication que l’on vient de recevoir pour utiliser intelligemment son smartphone, et découvrir que l’on a de plus en plus de difficultés à mettre ses chaussures atteint des limites dramatiques.
Oui, il faut apprendre à se limiter. Mais faut-il pour cela ne plus rien faire ? L’art de vieillir n’est de continuer à faire la même chose moins bien, en se limitant. L’art de vieillir c’est, je le pense, l’art de la résilience, c’est apprendre à faire autre chose, autrement, en regardant vers l’avenir, pour nous, pour nos enfants, pour les autres.
C’est un fait, à mon âge, nous sommes parfois dépassés par la numérisation à outrance de notre monde, par l’intervention de plus en plus inquiétante de l’intelligence artificielle. « C’était mieux auparavant… nous n’avons pas besoin de tous ces nouveaux gadgets… ». Notre jeunesse nous laisse de beaux souvenirs, mais tout était-il mieux ? Pour ne citer qu’un exemple : est-ce que c’était tellement enrichissant d’aller chercher de l’eau à la pompe publique pour ma grand-mère ? L’eau courante a des avantages dont
nous ne pourrions plus nous passer. Acceptons que nos petits-enfants nous aident (pas tout le temps) à nous accaparer le monde moderne, mais surtout faisons en sorte qu’ils aient plaisir à le faire et à nous rencontrer.
Ceci m’incite à penser au PIT. Lui aussi n’est plus tout jeune, il approche de sa 60ème année, ce qui dans ce temps passé auquel nous venons de faire référence annonçait une retraite prochaine. J’avouerai que plusieurs d’entre nous se mettent parfois à douter de l’avenir de notre communauté, de sa survie même. Nous avons fondé jadis un groupe théâtral appelé « Autre Chose ». Pour que ce groupe survive, il faudra qu’il continue à devenir « autre », pour survivre, il faudra compter sur ces jeunes qui retrouvent le plaisir de la découverte qui fut la nôtre lorsque nous nous sommes lancés dans l’aventure théâtrale. Notre communauté toute entière ne doit continuer « en roue libre ». Elle doit envisager l’avenir, apprendre à combiner l’ancien et le nouveau, à rêver d’un avenir autre, mais meilleur. C’est de cette manière que « Pacem In Terris »- « Paix dans le Monde » trouvera la confiance et la paix de l’esprit.
Jean-Paul Nachtergal
Soumis par Marc WATTEL le 2 mai 2026