CONSTRUIRONS - NOUS CES PONTS ?

Une année depuis les attentats ! Il y eut les peurs, les replis sur soi, les musculations aussi ; et nos vies se trouvèrent soudain propulsées dans un univers mettant à mal notre mode de vie.
Cet anniversaire donna l’occasion aux médias de s’épancher à grands coups de rétrospectives dont certaines méritent de s’attarder sur les enseignements qu’elles dégagent.
Celui que la RTBF diffusa le 7 mars dernier s’attachait particulièrement aux traumatismes endurés par quelques rescapés de la tragédie. Mais aussi par ceux qui, par hasard ou devoir professionnel, furent plongés dans l’horreur.
Tous les intervenants eurent les mots justes, porteurs de sens.
Comme ce jeune infirmier qui achevait ce matin même son stage d’urgentiste.
Face à l’apocalypse il dut prendre des décisions immédiates aux conséquences définitives.
Son témoignage émouvant et lucide, alors qu’il était confronté à une médecine de guerre bien éloignée de la théorie apprise, résumait cette charge devenue trop lourde pour lui.
Surtout lorsqu’il dut choisir entre son désir de prendre la main d’une vieille dame, à coup sûr condamnée, et l’accompagner dans ses derniers instants, mais qu’en même temps le métier lui imposait d’accorder ses soins au blessé voisin qui a, peut-être, des chances d’en sortir.
On pourrait épingler tant d’autres témoignages encore car tous sont importants.
Celui du jeune policier envoyé aux nouvelles et qui depuis n’arpente plus les quais du métro qu’avec appréhension.
Ou cet ambulancier redoutant parfois encore d’entendre la sonnerie de son véhicule.
Permettez-moi cependant de m’attarder sur celui de Cindy dont quelques lecteurs se souviennent sans doute car elle est l’une des filles de Godelieve Van Montagu bien connue ici.
Elle conduisait le métro qui suivait celui qui explosa à Maelbeek.
La porte de sa cabine s’ouvrit brusquement et la poussière envahit le tunnel plongé soudain dans le noir.
Comme la formation continue lui avait enseigné, elle se rendit sur les voies et coupa le courant.
Puis, aidée de quelques uns, elle fit descendre tous les passagers.
Avec sa torche elle prit la direction de la colonne qu’elle dirigea vers la sortie.
Mais, pour y arriver, il fallut se frayer un chemin parmi les décombres, les blessés, les cadavres et les débris humains. Depuis, elle n’a pas encore repris le travail.
Aucune des interventions retenues dans cette évocation n’était quelconque.
Bien au contraire! Il s’en dégageait, même au-delà de la détresse ou du sentiment d’abandon ressenti, une force énorme. Comme un hymne rendu à la grandeur face à la barbarie.
Les derniers mots revenaient à un journaliste de la RTBF qui avait perdu sa fille à Maelbeek.
Il parlait sur un pont enjambant le canal à Molenbeek. Calmement, sans haine, loin de tout clivage mais avec certitude, il disait: «Il faut multiplier les ponts…» Alors, question: participerons-nous à leur construction?
A propos ! Le feuillet distribué par les enfants à la sortie de la messe en familles du 12 mars allait dans le même sens.
Les dessins se terminaient par: «Cherchez l’éclat de Dieu présent dans le visage de l’autre».
Une autre façon de jeter des ponts.

Claude Eugène

Ce désert intérieur...

Entrer en Carême, n’est-ce pas entrer dans ce «désert intérieur» qui nous habite?
C’est là que Dieu parle, au plus profond de nous même, au plus intime. «Notre désert» est alors le lieu de la rencontre, qu’elle soit noble ou piégée, comme dans l’épisode de Jésus conduit par l’Esprit pour y être tenté!
Mais on ne peut y entrer seul et sans repère. Comme Jésus, nous avons besoin de la Parole de Dieu pour ne pas nous laisser séduire par les pièges de l’avoir, de la gloire et du pouvoir.
Si Jésus a été tenté, c’est bien dans son «désert intérieur» (cf Luc 4,1- 13)!
Tentation de transformer des pierres en pains, de céder à l’attrait de l’avoir facile et immédiat.
Nous voilà donc ramenés à ce «désert intérieur» que nous portons.
Il n’est pas besoin d’aller très loin pour faire ce voyage. Un espace retiré, la volonté de se donner un peu de temps, le désir de vivre mieux, plus en harmonie avec soi et les autres, la soif de rencontrer ce Dieu proche qui frappe...
Il ne forcera pas la porte. Il suffit seulement de le laisser entrer et de le laisser faire ce qu’il a à faire en nous.
La prière n’est pas une question de lieu, de position, de formules, elle est d’abord silence.
Ce silence peut exiger un certain retrait... A chacun de bâtir sa prière comme il appartient à chacun de tisser son amour. Personne ne le fera à notre place ! Il ne nous quittera pas, ce désert que nous portons en nous.
Il est accessible partout, dans le tram, la voiture, la cuisine, dans l’espace d’une chambre à la maison ou d’un parc.
Il suffit d’entrer en nous-mêmes, et voici que nous y sommes.
Cette période de Carême, ces jours qui nous préparent à Pâques, peuvent être un temps que nous appréhendons à causes des «contraintes» que nous nous imposons: qu’elles soient alors marquées par les valeurs du désert que sont l’accueil et la solidarité.

Daniel Deschrijvere

PLUS EST EN VOUS
Qui ne s’est pas, un jour ou l’autre, promené dans Bruges en s’arrêtant de temps en temps pour admirer les incontournables de toute visite, dont la très belle façade du musée Gruuthuse.
A l’origine, ce bâtiment du 15ème siècle, emblématique de la prospérité brugeoise, servait de résidence à la famille
Van Gruuthuse. Elle avait bâti sa fortune grâce au monopole qu’elle détenait dans le commerce du «gruut», un mélange d’herbes destinées alors à aromatiser la bière. Et sa devise était: «Plus est en vous». La belle affaire direz-vous!
Avec raison sans doute. Permettez-moi un mot d’explication sur le choix de ce titre bizarre.
J’ai «piqué» la citation dans le compte rendu du discours de rentrée de l’un de nos ministres régionaux.
A sa lecture, je me suis souvenu que Pitou Beyaert en avait parlé pendant la mémorable journée qu’il avait conduite pour les Foyers PIT dans sa chère ville natale.
Et que cette devise convenait à illustrer les soucis dont cet éditorial souhaite vous entretenir.
Il fut un temps où décès, indisponibilités passagères ou non, éloignement géographique d’un responsable parmi les équipes n’entraînait pas de difficultés majeures pour qu’il fut remplacé. La réserve de candidats, déclarés ou spontanés, existait grâce à la loi du nombre. Le «haut» du bâtiment fournissait abondamment le «bas».
Pour diverses raisons, dont les conditions socio-économiques de la vie d’aujourd’hui, ce cas de figure est révolu et ne reviendra plus. Car l’avenir, à cet égard, n’apportera aucune amélioration compte tenu, entre autres, du recul programmé de l’âge de la pension. Il faut en être convaincu et ne pas se bercer d’illusions.
Ce constat nous oblige à adapter nos engagements en conséquence. Et, pourquoi pas (laissez m’en l’illusion…) nous rappeler la devise citée plus haut. Qui, en langage sportif, peut se traduire par «chacun doit mouiller son maillot!!!…». Certes, jusqu’à présent, Pacem in Terris s’en sort bien encore. Grâce aux initiatives et au dévouement d’un grand nombre. Il n’empêche que la pérennité du PIT, tant dans ses activités cultuelles que culturelles, impose de prévoir un futur proche et de prendre les dispositions indispensables pour qu’il s’appréhende harmonieusement.
Le conseil d’administration en a longuement débattu lors de sa dernière réunion.
Ainsi, avant toutes choses, ce «job description» rédigé par les responsables des équipes. Ce document facilitera une éventuelle reprise par un «second» déjà mis au courant. En outre, la régularisation financière s’imposera parfois;
la banque pourra donner dans ce domaine les renseignements nécessaires. Mais il faut savoir que trois signatures seront probablement requises. Et que, par ailleurs, sur pression de l’administration, les banques ont tendance à se débarrasser des «sociétés de fait» pour exiger, au moins, leur rattachement à une «société de droit» (comme, par exemple une asbl). On comprendra aisément que le responsable ne peut détenir à lui seul la gestion financière sans qu’au moins un autre membre de l’équipe, ou d’ailleurs, soit au courant et puisse, le cas échéant, prendre le relais sans heurt.
Avec la bonne volonté, l’imagination et ce «Plus est en vous» qui fait, depuis sa fondation, partie de son ADN,
Pacem in Terris se propulsera allègrement au delà de son très prochain cinquantième anniversaire

Claude Eugène

Notre Communauté dans l’Unité Pastorale est amenée à redéfinir les bases de son existence.

Lors des dernières rencontres entre membres des différentes équipes pastorales locales, nous avons réfléchi à notre mission : qu’est-ce qui nous rassemble, qu’est-ce qui nous motive ?
C’est ainsi que nous avons proposé aux trois entités de l’Unité, pendant le dernier Avent, une VISION qui résume le fondement de notre existence en tant que Communauté chrétienne insérée dans la vie de la Ville.

«L’unité pastorale de Laeken-Est est une cellule chrétienne qui a pour mission et comme raison d’être de favoriser la relation personnelle à Dieu et de mettre Jésus au centre de ce qu’elle propose. Ouverte à tous, elle veut exister comme signe interpellant. Les valeurs d’amitié, de partage et de vivre-ensemble y sont encouragées.
Toujours prête au service, elle a pour mission de favoriser un humanisme évangélique en elle et autour d’elle


En quoi notre Communauté de Pacem in Terris est-elle une entité chrétienne?
Dans les statuts de notre ASBL, et au moment de la constitution de celle-ci, le nom de «Pacem in Terris» fait référence à l’encyclique du même nom. Ce choix signifiait, pour les membres adhérents, la volonté d’incarner puis de faire vivre un espace pour la paix, la pacification...
Pour l’instant, la célébration dominicale reste la ‘source vive’ de ce projet, et si le nombre de pratiquants diminue comme une peau de chagrin, elle en est la principale «activité spirituelle». Nous remplissons ainsi cette volonté de mettre
«Jésus-au-centre». Cependant, il apparaît clairement que les activités culturelles et sociales, dans notre bâtiment, génèrent plus de ‘pratiquants’. Cela ne doit pas nous déranger puisque ces activités remplissent la volonté de notre ASBL : être un lieu ouvert à tous pour favoriser les rencontres.
En accueillant des manifestations culturelles et festives, nous favorisons un désir de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres... à condition qu’il existe chez tous une écoute bienveillante.
Parfois, le rejet ‘implicite’ de l’origine chrétienne de ce lieu pose question.
Mission partiellement inaccomplie donc, si les chrétiens du dimanche se taisent et ne trouvent pas les mots pour se dire. Un mur invisible semble s’être dressé avec le temps. Un exemple : comment créer des liens avec les mouvements de jeunesse que nous hébergeons ? ... Eux, sont très nombreux mais moins intéressés par ce qui se passe à l’étage le dimanche matin. Dans ce mensuel, les nouvelles de l’unité 77ème de Beauval nous permettent de découvrir ses activités multiples : à nous d’y lire et de faire découvrir la pratique évangélique cachée.
Le moyen le plus simple serait de rencontrer animateurs et parents, en fin de réunion, autour d’un verre, comme le propose le staff d’unité.
Et ceci vaudrait aussi pour les ‘Sapins Verts’, la ‘Zumba’, la bibliothèque, la chorale, le ‘Foyer’… Osons les mots vrais, ceux qui font les ponts ! Les ‘ponts-mots’ feront les bons amis.

Daniel Deschrijvere

Dans le pli d’une carte . . .
Le temps avait terni ses couleurs au point d’effacer certains plis du dessin et il devenait difficile de distinguer le paysage qu’elle représentait. Cette carte de l’Unicef, fixée avec un aimant sur le petit tableau métallique de la cuisine, s’y disputait l’espace avec des bons de réduction et quelques pense-bêtes.
Profitant d’une velléité de mettre de l’ordre je m’apprêtais à lui réserver le sort de la poubelle lorsque Danielle m’en dissuada. Dans l’un des plis de la carte elle avait transcrit ces quelques lignes qu’une amie lui avait confiées.
Elle aimait les relire souvent: M’éveillant le matin, je souris…
Je sais que j’ai 24 heures toutes nouvelles devant moi… Je fais le vœu de les vivre consciemment,
Posant sur le monde les yeux de l’amour… Je ne pouvais me dérober!
Et les parcourant à mon tour, je découvris qu’elles n’avaient rien de suranné. Bien au contraire car les événements récents, et plus encore l’attitude de ceux qui les endurèrent, révèlent qu’il est urgent de prendre en compte ces quelques mots. L’histoire de la vie des gens ne doit pas nous être indifférente.
Poser sur elle un regard d’amour relève même de l’urgence.
Ceux qui furent témoins ou parties prenantes aux drames vécus par d’autres ces derniers mois appliquèrent l’esprit de ce texte. Il serait faux de penser qu’il relève d’une réflexion intellectuelle ; elle vient tout simplement d’un cœur ouvert mal- gré les blessures engendrées par ce qu’ils voient ou subissent.
Un matin quelqu’un a dirigé un regard d’amour lorsqu’en passant sur un pont à Laeken il a aperçu de la fumée.
Il descendit de sa voiture et découvrit en contrebas des gens qui semblaient vivre dans des cabanes faites de déchets trouvés. Il alerta l’association caritative qu’il dirigeait et des gens de cœur se mobilisèrent pour apporter vivres, couvertures et vêtements à des familles de Roumains privées de l’essentiel.
Cela se passait à proximité de Tour et Taxis… Les yeux de l’amour étaient grands ouverts dans l’émission de la RTBF consacrée, l’autre jour, à Molenbeek.
Des témoins porteurs d’espoir y sont intervenus. Comme Ahmed, éducateur de rue, un métier d’une exigence totale qu’il mène avec des moyens réduits à des bouts de ficelles.
Sans jamais se décourager il assiste des jeunes et prévient les dérives.
Ou encore le témoignage puissant et éclairant de Mohamed El Bachiri qui perdit sa femme dans l’attentat du Maelbeek. Malgré le poids de la peine qui lui nouait la gorge, il ne parlait que d’amour.
La Fête qui approche viendra à point nommé pour nous conforter dans cette volonté nouvelle: poser sur le monde les yeux, nos yeux, imbibés d’amour.
Comme l’Enfant qui nous tendra les bras…

Claude Eugène

Tous saints ?

On peut avoir un doute à ce sujet, mais peut-être sont-ils plus nombreux qu’on ne le croit.
En regardant l’autre jour une émission animée par Frédéric Lopez intitulée «Mille et une vies rêvées», je me suis pris à rêver d’une télévision conçue davantage pour élever le niveau de conscience des téléspectateurs et axée sur le bien-être des personnes et sur la construction d’un monde plus humain.
On y découvre des personnes invitées témoignant de leur parcours de vie, parfois marqué par l’adversité, mais caractérisé surtout par des initiatives constructives et inspirantes.
Non, il ne s’agit pas d’un rêve, car les dizaines de personnes présentes dans cette émission témoignent, dans leur parcours de vie, d’actes et d’attitudes qu’elles ont générées tout au long de leur vie.
Il ne s’agit pas du tout de héros, mais de gens comme vous et moi qui ont une vie ordinaire, mais qui posent des gestes extraordinaires de partage, de courage, de résistance et d’amour.
Regarder cette émission est une véritable cure de jouvence, un livre ouvert et vivant de sagesse, d’attitudes et d’expérience enrichissantes, de découverte de ce que l’être humain a de plus positif en lui-même pour faire progresser et améliorer le vivre ensemble et l’être humain en particulier.
Et tout cela est partagé dans la bonne humeur, car ne pas partager est une perte de temps, comme le dit la conclusion de chacune de ces émissions.
Que dire de plus ? Que l’impossible devient réalisable, que le malheur n’est pas inéluctable, qu’il est important de s’attacher aux vraies valeurs et de partager ce que l’on a reçu et ce que l’on est.
Promouvoir le positif pour lutter contre le négatif, essayer de se changer soi-même avant de vouloir changer les autres, telles sont les attitudes de ces témoins affirmant qu’ils ne sont pas des saints …
Et pourtant, lorsque le Christ nous appelle à devenir saint, n’est-ce pas en nous invitant à incarner toutes ces valeurs et à les irradier autour de nous ?
Oui, l’esprit de Dieu souffle où il veut et nous entendons sa voix, mais nous ne savons pas d’où il vient ni où il va.
Ce qui est sûr tout de même, c’est qu’il s’est drôlement bien faufilé dans les coulisses de «Mille vies rêvées» …

Pol Bréda

N’y aurait-il eu que ce geste...
La saison qui vient de s’achever ne fut-elle faite que de sang et de larmes tant les drames qui s’y succédèrent se partagèrent l’actualité? Bien sûr qu’il serait faux et dangereux de se voiler la face en minimisant toutes les plaies qu’endurèrent tant de victimes innocentes.
Et que tout doit être mis en œuvre pour en éradiquer les causes et espérer chasser les récidives.
Cela étant dit, faut-il laisser ces pénibles événements phagocyter notre regard au point de ne pouvoir plus discerner l’herbe qui reverdit sur une terre brûlée? Car il y eut, au cours de ces trois derniers mois, des faits, des gens qui furent signes à des degrés divers et permirent d’appréhender les choses autrement.
En voici quelques exemples. L’assassinat du Père Armel tandis qu’il célébrait la Messe dans la petite église de Saint Etienne de Rouvray près de Rouen draina dans ses rues la presse du monde entier qui, sans retenue, lâcha les chiens. Le journaliste d’une chaîne française crut tenir l’aubaine en soumettant l’imam local au feu de ses questions.
Il fut bien étonné de se voir désigner, en guise de réponse, une porte métallique!
Son interlocuteur, coupant ainsi court à toute tentative d’amalgame comme on en entend souvent, lui apprit que la fabrique d’église avait vendu le terrain pour l’euro symbolique… Et que, très régulièrement, ladite porte reste ouverte lorsque les fidèles de l’église, ou ceux de la mosquée se trouvent à l’étroit dans leur lieu de culte respectif et personne ne trouve la chose anormale.
Dans la semaine qui suivit ces faits dramatiques, les musulmans de France, les juifs et les laïcs tinrent à témoigner leur solidarité avec la communauté catholique endeuillée en se rassemblant avec elle dans différentes églises de l’hexagone. A plus petite échelle, une semblable manifestation eut lieu chez nous à Schaerbeek; un appel citoyen initié, entre autres, par des Schaerbeekois de confession musulmane.
La marine italienne à renfloué l’épave d’un bateau chargé de réfugiés qui avait coulé au début de l’année.
Les dépouilles de très nombreuses victimes se trouvaient encore prisonnières des profondeurs.
Les plongeurs, tous volontaires, ne se sont pas soustraits à cette mission difficile tant ils avaient à cœur de rétablir, post mortem, la dignité à ces naufragés en leur offrant une digne sépulture.
Les mois ont passé depuis la photo du petit Aylan gisant sur la grève d’une plage de Bodrum en Turquie.
Mais la compassion humaine a ses limites et le bon peuple la mémoire courte..
A moins qu’à son tour Omrane, du haut de ses 6 ans, nous adresse, bien malgré lui, une salutaire piqûre de rappel.
Un smartphone a saisi son sauvetage des ruines d’une maison d’Alep après un nième bombardement.
Bouleversant! Laissons l’éloquence du dernier geste à un enfant encore.
L’euro de football venait de se terminer avec le résultat que l’on sait.
La foule de la «fanzone» se dissipait lentement et la caméra, sans commentaire, saisit l’image d’un supporter français portant sur ses épaules toute la misère du monde. Il finit par fondre en larmes.
L’apercevant, un petit garçon drapé dans un drapeau portugais se dirigea vers lui.
Et, par un geste rempli de compassion, il entoura de ses bras un homme en peine…
Le temps d’un instant, l’herbe avait retrouvé le vert tendre d’un nouveau printemps.

Claude Eugène

L’actualité de ces vacances ne nous a pas épargné des rebondissements de faits pas si divers que cela...
Daech a encore frappé et frappera encore. Pour ne pas sombrer dans la peur de «l’autre», regardons plutôt cette solidarité qui s’est installée immédiatement après les attentats, ces rassemblements, ces prières dans les lieux de culte de toutes les religions. Ne tombons pas dans ce piège de rentrer en «guerre» avec l’Islam.
Notre monde devient trop petit pour que les frontières et les cloisons de protection continuent à séparer les peuples pour des raisons d’idéologie morbides ou de religion trop vite sacralisée en en faisant une religion de Dieu.
Se séparer de ses frères les hommes c’est se séparer de Dieu immanquablement.
Un des bienfaits de ces mouvements des peuples, c’est le brassage des cultures, des religions, des traditions...c’est la communion entre les hommes, dans la justice et la paix qui peut démolir les «murs de la honte» partout et restaurer la fraternité digne de l’homme croyant en Dieu.
Chaque peuple, chrétien comme musulman, porte une lumière et un témoignage.

Daniel Deschrijvere

« Le chrétien, à l’instar du musulman, doit être un militant fervent pour le Royaume de Dieu. Il se distinguera cependant par ses moyens. La dynamique du chrétien, c’est sa charité vécue à travers les Béatitudes évangéliques, non pour conquérir et dominer, mais pour servir et promouvoir un monde de paix et de justice.
Son entraînement ne se fera pas dans des camps spécialisés, mais dans la prière ardente d’un cœur qui implore et attend la venue de l’Esprit : Feu et lumière. « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » (Luc. 12, 49)

Khalil Kochassarly

IL EST UNE MAISON …

Comme chaque année, à pareille époque, ce bulletin couvrira les deux mois des vacances d’été.
Un temps bienvenu pour souffler un peu et retrouver un nouvel élan aux approches de l’automne.
Ce moment de ralenti ne s’assimile certes pas à une mise en sommeil mais constitue une séquence nécessaire pour mieux appréhender ce qui vient.
La circulation devenue plus fluide ne viendra plus, pendant quelques semaines, jouer les trouble-fête de nos rues.
Comme par un coup de baguette magique nos quartiers retrouveront brièvement une quiétude oubliée.
C’est que, transhumance estivale oblige, une partie de leurs habitants s’en sont allés trouver dans un ailleurs une nouvelle approche des choses. Et savez-vous ce que beaucoup pensent ou expriment en rentrant: « j’aime partir mais cela fait du bien de retrouver sa maison!».
La maison, l’appartement… Les lieux de vie. Ceux de nos projets, de nos relations, de nos réflexions, ceux qui, d’une certaine manière, nous façonnent.
A ce propos, j’entendais l’autre jour un «ancien» qui connut le début de l’aventure beauvaloise.
Il évoquait ce temps des pionniers qui plutôt que de dire «je vais au bâtiment» ou «à l’église» employaient plus volontiers «je vais à la maison». On entend aujourd’hui encore, alors que les générations ont changé, l’un(e) ou l’autre ne pas hésiter à qualifier le PIT par «c’est ma deuxième maison»!
Ces exemples émanent certes de personnes qui furent ou sont actuellement, comme on dit, engagées.
Plus intéressante cependant, parce que émanant de quelqu’un qui n’est présent qu’occasionnellement, fut l’appréciation spontanée d’un prêtre remplaçant livrer au lecteur après la messe qu’il venait de célébrer. Il lui confiait que chaque fois qu’il vient chez nous présider une célébration, il s’étonne de s’y sentir comme nulle par ailleurs.
Et que ce jour là, après deux dimanches consécutifs, il croyait avoir trouvé la réponse. «Ici, disait-il, je ne suis pas dans une église mais dans une maison». Fort bien, mais encore!
Car si le bâtiment de Pacem in Terris peut s’assimiler à une maison, il ne suffit pas que ceux qui le fréquentent y trouvent ce qu’ils cherchent (en cela le projet Pitagora apporte les réponses) mais encore qu’ils en acceptent les contraintes.
Car une maison, faut-il le rappeler, cela s’entretient et cela se bichonne.
En transférant la comparaison, il importe qu’ici chacun prenne sa part, aussi minime soit-elle, dans ce qu’il peut y apporter. Il ne suffira donc pas de détourner l’effort sur l’un ou l’autre en se disant «qu’après tout il y a des gens pour cela»! Chacun d’entre-nous ne doit-il pas se convaincre qu’en respectant le bâtiment il respectera l’autre donnant le coup de peinture qui rafraîchit l’atmosphère, qui s’échine à ranger ce qui traîne, qui sort (et trie souvent) les poubelles, qui s’assure que les portes sont verrouillées et les lumières éteintes ?
La liste est sans limite et chacun pourra y picorer à l’envi.
Alors ce n’est pas sans fierté qu’on entendra ça et là dans la bouche de ceux qui reviennent après une brève absence: «comme il est bon de retrouver sa maison».
Que ces mois d’été vous soient profitables à tous égards.

Claude Eugène

Vraie ou fausse liberté...

La « liberté » est une notion qui prête à la plus grande confusion, tant chez les adultes que chez les jeunes.
Au nom de la « liberté », des hommes et des femmes bafouent la fidélité conjugale, des enfants négligent entièrement leurs parents. Au nom de la « liberté », on publie les pires mensonges dans la presse à sensation.
Au nom de la « liberté », les gens entrent dans leur coquille quand le danger apparaît.
On vit trop selon la mesure de ses sentiments, de ses envies, de ses caprices ou de sa peur de l’autre.
Telle est la liberté que cultivent et entretiennent les égoïstes. Elle conduit tout droit à la jungle, à la tyrannie du plus fort, du plus habile, du plus insolent.
Le mot « liberté » n’est rempli de sens, de valeur et de joie que dans un climat d’amour.
Car dans ce monde il ne s’agit pas en premier lieu de liberté, mais bien d’amour.
Qui aime s’ouvre aux autres, leur donne un pouvoir sur lui-même et leur restitue ainsi un morceau de sa liberté. L’amour rend libre pour le bien et la beauté, pour les vraies et profondes joies de la vie.
Ma « liberté » me rend libre de croire ou de ne pas croire, d’aimer ou de ne pas aimer, ma « liberté » me donne le choix de poursuivre ou pas mon implication dans l’équipe pastorale locale et d’unité… Et vous ? Quelle est votre liberté ?

Daniel Deschrijvere

J’ai reçu une lettre… Et j’ai envie de vous la partager.

Mais je ne sais comment faire. C’est que je n’ai pas l’habitude de voir un éditorial mériter une analyse tout aussi amicale que fouillée. Comme son auteur m’autorise à la diffuser elle sera remise à de plus qualifiés que moi pour en faire bon usage.
Je vais cependant en extraire le passage consacré au bulletin écrit en ces termes : «…on ne peut pas dire qu’il soit trop «bigot» ; un étranger pourrait-il toujours y déceler une communauté chrétienne vivante ?»…
Cette remarque mérite qu’on s’y attarde. D’autant plus qu’il n’est pas impossible que certains d’entre vous la partagent volontiers. Un volet de notre récente histoire locale vient, me semble-t-il apporter la clarté nécessaire.
C’était le final des festivités de nos 40 ans. L’allocution de Gilbert se concluait sur le souhait que s’ouvre un chantier de réflexion sur le devenir de Pacem in Terris.
Car les années défilent, les transformations de la société s’accumulent
La fréquentation dominicale se réduit comme peau de chagrin et impose une compensation financière qui n’avait jamais été envisagée. C’est que toute l’organisation de Pacem in Terris n’avait guère évolué durant ces quatre décennies.
Sans crier au sauve-qui-peut, le moment était devenu propice pour réfléchir de façon fondamentale à notre avenir. Nombreuses furent les personnes actives dans différents secteurs à être interrogées, des «anciens», des jeunes ménages aussi. Ces travaux préparatoires aboutirent au projet appelé «Pitagora» ; peu à peu il devint la colonne vertébrale d’un devenir bien engagé déjà.
En fait, il revient, en les actualisant, aux fondamentaux de Pacem in Terris qui n’a jamais été une paroisse mais une asbl qui, très heureusement, a été plus récemment rattachée pour le cultuel à l’Unité Pastorale de Laeken Est.
«Pitagora», en effet, ne fait que s’appuyer sur ce que «l’esprit PIT» a toujours fait de mieux.
En permettant à quiconque qui pousse la porte du bâtiment de trouver selon ses aspirations, un lieu de culte, un lieu de vie et d’amitié, un lieu de formation et de détente. Et cela dans le respect des opinions de chacun (avec les garde-fous que constituent les statuts de l’asbl).
Certes la vocation paradoxale de ce genre de chantier est de n’être jamais achevé et de demander une remise en question permanente. Un rôle qui appelle chacun à la tâche.

Claude Eugène