Tous saints ?

On peut avoir un doute à ce sujet, mais peut-être sont-ils plus nombreux qu’on ne le croit.
En regardant l’autre jour une émission animée par Frédéric Lopez intitulée «Mille et une vies rêvées», je me suis pris à rêver d’une télévision conçue davantage pour élever le niveau de conscience des téléspectateurs et axée sur le bien-être des personnes et sur la construction d’un monde plus humain.
On y découvre des personnes invitées témoignant de leur parcours de vie, parfois marqué par l’adversité, mais caractérisé surtout par des initiatives constructives et inspirantes.
Non, il ne s’agit pas d’un rêve, car les dizaines de personnes présentes dans cette émission témoignent, dans leur parcours de vie, d’actes et d’attitudes qu’elles ont générées tout au long de leur vie.
Il ne s’agit pas du tout de héros, mais de gens comme vous et moi qui ont une vie ordinaire, mais qui posent des gestes extraordinaires de partage, de courage, de résistance et d’amour.
Regarder cette émission est une véritable cure de jouvence, un livre ouvert et vivant de sagesse, d’attitudes et d’expérience enrichissantes, de découverte de ce que l’être humain a de plus positif en lui-même pour faire progresser et améliorer le vivre ensemble et l’être humain en particulier.
Et tout cela est partagé dans la bonne humeur, car ne pas partager est une perte de temps, comme le dit la conclusion de chacune de ces émissions.
Que dire de plus ? Que l’impossible devient réalisable, que le malheur n’est pas inéluctable, qu’il est important de s’attacher aux vraies valeurs et de partager ce que l’on a reçu et ce que l’on est.
Promouvoir le positif pour lutter contre le négatif, essayer de se changer soi-même avant de vouloir changer les autres, telles sont les attitudes de ces témoins affirmant qu’ils ne sont pas des saints …
Et pourtant, lorsque le Christ nous appelle à devenir saint, n’est-ce pas en nous invitant à incarner toutes ces valeurs et à les irradier autour de nous ?
Oui, l’esprit de Dieu souffle où il veut et nous entendons sa voix, mais nous ne savons pas d’où il vient ni où il va.
Ce qui est sûr tout de même, c’est qu’il s’est drôlement bien faufilé dans les coulisses de «Mille vies rêvées» …

Pol Bréda

N’y aurait-il eu que ce geste...
La saison qui vient de s’achever ne fut-elle faite que de sang et de larmes tant les drames qui s’y succédèrent se partagèrent l’actualité? Bien sûr qu’il serait faux et dangereux de se voiler la face en minimisant toutes les plaies qu’endurèrent tant de victimes innocentes.
Et que tout doit être mis en œuvre pour en éradiquer les causes et espérer chasser les récidives.
Cela étant dit, faut-il laisser ces pénibles événements phagocyter notre regard au point de ne pouvoir plus discerner l’herbe qui reverdit sur une terre brûlée? Car il y eut, au cours de ces trois derniers mois, des faits, des gens qui furent signes à des degrés divers et permirent d’appréhender les choses autrement.
En voici quelques exemples. L’assassinat du Père Armel tandis qu’il célébrait la Messe dans la petite église de Saint Etienne de Rouvray près de Rouen draina dans ses rues la presse du monde entier qui, sans retenue, lâcha les chiens. Le journaliste d’une chaîne française crut tenir l’aubaine en soumettant l’imam local au feu de ses questions.
Il fut bien étonné de se voir désigner, en guise de réponse, une porte métallique!
Son interlocuteur, coupant ainsi court à toute tentative d’amalgame comme on en entend souvent, lui apprit que la fabrique d’église avait vendu le terrain pour l’euro symbolique… Et que, très régulièrement, ladite porte reste ouverte lorsque les fidèles de l’église, ou ceux de la mosquée se trouvent à l’étroit dans leur lieu de culte respectif et personne ne trouve la chose anormale.
Dans la semaine qui suivit ces faits dramatiques, les musulmans de France, les juifs et les laïcs tinrent à témoigner leur solidarité avec la communauté catholique endeuillée en se rassemblant avec elle dans différentes églises de l’hexagone. A plus petite échelle, une semblable manifestation eut lieu chez nous à Schaerbeek; un appel citoyen initié, entre autres, par des Schaerbeekois de confession musulmane.
La marine italienne à renfloué l’épave d’un bateau chargé de réfugiés qui avait coulé au début de l’année.
Les dépouilles de très nombreuses victimes se trouvaient encore prisonnières des profondeurs.
Les plongeurs, tous volontaires, ne se sont pas soustraits à cette mission difficile tant ils avaient à cœur de rétablir, post mortem, la dignité à ces naufragés en leur offrant une digne sépulture.
Les mois ont passé depuis la photo du petit Aylan gisant sur la grève d’une plage de Bodrum en Turquie.
Mais la compassion humaine a ses limites et le bon peuple la mémoire courte..
A moins qu’à son tour Omrane, du haut de ses 6 ans, nous adresse, bien malgré lui, une salutaire piqûre de rappel.
Un smartphone a saisi son sauvetage des ruines d’une maison d’Alep après un nième bombardement.
Bouleversant! Laissons l’éloquence du dernier geste à un enfant encore.
L’euro de football venait de se terminer avec le résultat que l’on sait.
La foule de la «fanzone» se dissipait lentement et la caméra, sans commentaire, saisit l’image d’un supporter français portant sur ses épaules toute la misère du monde. Il finit par fondre en larmes.
L’apercevant, un petit garçon drapé dans un drapeau portugais se dirigea vers lui.
Et, par un geste rempli de compassion, il entoura de ses bras un homme en peine…
Le temps d’un instant, l’herbe avait retrouvé le vert tendre d’un nouveau printemps.

Claude Eugène

L’actualité de ces vacances ne nous a pas épargné des rebondissements de faits pas si divers que cela...
Daech a encore frappé et frappera encore. Pour ne pas sombrer dans la peur de «l’autre», regardons plutôt cette solidarité qui s’est installée immédiatement après les attentats, ces rassemblements, ces prières dans les lieux de culte de toutes les religions. Ne tombons pas dans ce piège de rentrer en «guerre» avec l’Islam.
Notre monde devient trop petit pour que les frontières et les cloisons de protection continuent à séparer les peuples pour des raisons d’idéologie morbides ou de religion trop vite sacralisée en en faisant une religion de Dieu.
Se séparer de ses frères les hommes c’est se séparer de Dieu immanquablement.
Un des bienfaits de ces mouvements des peuples, c’est le brassage des cultures, des religions, des traditions...c’est la communion entre les hommes, dans la justice et la paix qui peut démolir les «murs de la honte» partout et restaurer la fraternité digne de l’homme croyant en Dieu.
Chaque peuple, chrétien comme musulman, porte une lumière et un témoignage.

Daniel Deschrijvere

« Le chrétien, à l’instar du musulman, doit être un militant fervent pour le Royaume de Dieu. Il se distinguera cependant par ses moyens. La dynamique du chrétien, c’est sa charité vécue à travers les Béatitudes évangéliques, non pour conquérir et dominer, mais pour servir et promouvoir un monde de paix et de justice.
Son entraînement ne se fera pas dans des camps spécialisés, mais dans la prière ardente d’un cœur qui implore et attend la venue de l’Esprit : Feu et lumière. « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » (Luc. 12, 49)

Khalil Kochassarly

IL EST UNE MAISON …

Comme chaque année, à pareille époque, ce bulletin couvrira les deux mois des vacances d’été.
Un temps bienvenu pour souffler un peu et retrouver un nouvel élan aux approches de l’automne.
Ce moment de ralenti ne s’assimile certes pas à une mise en sommeil mais constitue une séquence nécessaire pour mieux appréhender ce qui vient.
La circulation devenue plus fluide ne viendra plus, pendant quelques semaines, jouer les trouble-fête de nos rues.
Comme par un coup de baguette magique nos quartiers retrouveront brièvement une quiétude oubliée.
C’est que, transhumance estivale oblige, une partie de leurs habitants s’en sont allés trouver dans un ailleurs une nouvelle approche des choses. Et savez-vous ce que beaucoup pensent ou expriment en rentrant: « j’aime partir mais cela fait du bien de retrouver sa maison!».
La maison, l’appartement… Les lieux de vie. Ceux de nos projets, de nos relations, de nos réflexions, ceux qui, d’une certaine manière, nous façonnent.
A ce propos, j’entendais l’autre jour un «ancien» qui connut le début de l’aventure beauvaloise.
Il évoquait ce temps des pionniers qui plutôt que de dire «je vais au bâtiment» ou «à l’église» employaient plus volontiers «je vais à la maison». On entend aujourd’hui encore, alors que les générations ont changé, l’un(e) ou l’autre ne pas hésiter à qualifier le PIT par «c’est ma deuxième maison»!
Ces exemples émanent certes de personnes qui furent ou sont actuellement, comme on dit, engagées.
Plus intéressante cependant, parce que émanant de quelqu’un qui n’est présent qu’occasionnellement, fut l’appréciation spontanée d’un prêtre remplaçant livrer au lecteur après la messe qu’il venait de célébrer. Il lui confiait que chaque fois qu’il vient chez nous présider une célébration, il s’étonne de s’y sentir comme nulle par ailleurs.
Et que ce jour là, après deux dimanches consécutifs, il croyait avoir trouvé la réponse. «Ici, disait-il, je ne suis pas dans une église mais dans une maison». Fort bien, mais encore!
Car si le bâtiment de Pacem in Terris peut s’assimiler à une maison, il ne suffit pas que ceux qui le fréquentent y trouvent ce qu’ils cherchent (en cela le projet Pitagora apporte les réponses) mais encore qu’ils en acceptent les contraintes.
Car une maison, faut-il le rappeler, cela s’entretient et cela se bichonne.
En transférant la comparaison, il importe qu’ici chacun prenne sa part, aussi minime soit-elle, dans ce qu’il peut y apporter. Il ne suffira donc pas de détourner l’effort sur l’un ou l’autre en se disant «qu’après tout il y a des gens pour cela»! Chacun d’entre-nous ne doit-il pas se convaincre qu’en respectant le bâtiment il respectera l’autre donnant le coup de peinture qui rafraîchit l’atmosphère, qui s’échine à ranger ce qui traîne, qui sort (et trie souvent) les poubelles, qui s’assure que les portes sont verrouillées et les lumières éteintes ?
La liste est sans limite et chacun pourra y picorer à l’envi.
Alors ce n’est pas sans fierté qu’on entendra ça et là dans la bouche de ceux qui reviennent après une brève absence: «comme il est bon de retrouver sa maison».
Que ces mois d’été vous soient profitables à tous égards.

Claude Eugène

Vraie ou fausse liberté...

La « liberté » est une notion qui prête à la plus grande confusion, tant chez les adultes que chez les jeunes.
Au nom de la « liberté », des hommes et des femmes bafouent la fidélité conjugale, des enfants négligent entièrement leurs parents. Au nom de la « liberté », on publie les pires mensonges dans la presse à sensation.
Au nom de la « liberté », les gens entrent dans leur coquille quand le danger apparaît.
On vit trop selon la mesure de ses sentiments, de ses envies, de ses caprices ou de sa peur de l’autre.
Telle est la liberté que cultivent et entretiennent les égoïstes. Elle conduit tout droit à la jungle, à la tyrannie du plus fort, du plus habile, du plus insolent.
Le mot « liberté » n’est rempli de sens, de valeur et de joie que dans un climat d’amour.
Car dans ce monde il ne s’agit pas en premier lieu de liberté, mais bien d’amour.
Qui aime s’ouvre aux autres, leur donne un pouvoir sur lui-même et leur restitue ainsi un morceau de sa liberté. L’amour rend libre pour le bien et la beauté, pour les vraies et profondes joies de la vie.
Ma « liberté » me rend libre de croire ou de ne pas croire, d’aimer ou de ne pas aimer, ma « liberté » me donne le choix de poursuivre ou pas mon implication dans l’équipe pastorale locale et d’unité… Et vous ? Quelle est votre liberté ?

Daniel Deschrijvere

J’ai reçu une lettre… Et j’ai envie de vous la partager.

Mais je ne sais comment faire. C’est que je n’ai pas l’habitude de voir un éditorial mériter une analyse tout aussi amicale que fouillée. Comme son auteur m’autorise à la diffuser elle sera remise à de plus qualifiés que moi pour en faire bon usage.
Je vais cependant en extraire le passage consacré au bulletin écrit en ces termes : «…on ne peut pas dire qu’il soit trop «bigot» ; un étranger pourrait-il toujours y déceler une communauté chrétienne vivante ?»…
Cette remarque mérite qu’on s’y attarde. D’autant plus qu’il n’est pas impossible que certains d’entre vous la partagent volontiers. Un volet de notre récente histoire locale vient, me semble-t-il apporter la clarté nécessaire.
C’était le final des festivités de nos 40 ans. L’allocution de Gilbert se concluait sur le souhait que s’ouvre un chantier de réflexion sur le devenir de Pacem in Terris.
Car les années défilent, les transformations de la société s’accumulent
La fréquentation dominicale se réduit comme peau de chagrin et impose une compensation financière qui n’avait jamais été envisagée. C’est que toute l’organisation de Pacem in Terris n’avait guère évolué durant ces quatre décennies.
Sans crier au sauve-qui-peut, le moment était devenu propice pour réfléchir de façon fondamentale à notre avenir. Nombreuses furent les personnes actives dans différents secteurs à être interrogées, des «anciens», des jeunes ménages aussi. Ces travaux préparatoires aboutirent au projet appelé «Pitagora» ; peu à peu il devint la colonne vertébrale d’un devenir bien engagé déjà.
En fait, il revient, en les actualisant, aux fondamentaux de Pacem in Terris qui n’a jamais été une paroisse mais une asbl qui, très heureusement, a été plus récemment rattachée pour le cultuel à l’Unité Pastorale de Laeken Est.
«Pitagora», en effet, ne fait que s’appuyer sur ce que «l’esprit PIT» a toujours fait de mieux.
En permettant à quiconque qui pousse la porte du bâtiment de trouver selon ses aspirations, un lieu de culte, un lieu de vie et d’amitié, un lieu de formation et de détente. Et cela dans le respect des opinions de chacun (avec les garde-fous que constituent les statuts de l’asbl).
Certes la vocation paradoxale de ce genre de chantier est de n’être jamais achevé et de demander une remise en question permanente. Un rôle qui appelle chacun à la tâche.

Claude Eugène

Réveille-toi ! Ressuscite !

Deviens homme à nouveau ! L’application sur les réseaux sociaux nous « mange » pas mal d’heures de notre temps, pour certains, ils en deviennent « esclaves » et tombent même dans une cer- taine dépendance à l’ordinateur !
C’est le temps que nous pourrions consacrer à notre famille, nos amis, nos enfants et petits-enfants, et même à des visites chez les personnes âgées, plus isolées, malades …
Un temps précieux donc, que nous pourrions consacrer à aimer davantage la nature en nous promenant et en faisant le plein d’air frais à l’approche du printemps… Profitons de ces vacances de Pâques pour nous retrouver (soi d’abord, les autres ensuite). Ressusciter, c’est vivre à la recherche de signes dont nous avons besoin.
Des signes qui démontrent que le temps ne peut ronger la tendresse : des signes qui dévoilent l’amitié que nous portent nos proches et nos amis, des signes qui attestent notre présence au milieu des hommes.
Prenons le temps aussi pour prendre conscience que l’homme est important et qu’il est capable de dépassement, que le croyant que nous sommes, doit prendre sa place sur la terre et donner le goût de Dieu, que la vie est belle et qu’il faut s’y accrocher, que posséder n’est rien, qu’un bon compte en banque n’est pas le critère d’une vie réussie, que les corps et les esprits sont beaux, que vivre selon le Christ n’engendre pas la tristesse.
La vie alors ne sera pas triste et tant mieux … puisque chacun peut se débarrasser de tout ce qu’il croit essentiel pour vivre : gsm, ordinateurs, tablettes, gadgets, possessions, le tape-à-l’œil, le paraître tout en restant branché…autrement !

Daniel Deschrijvere

Avant qu’il ne soit trop tard !

Vous vous étonnerez sans doute de trouver en page 9 de ce bulletin une rubrique dont il ne subsiste que le titre, tandis que son contenu se limite à une page blanche. N’y voyez ni une erreur de l’imprimeur, encore moins une facétie de l’équipe de rédaction mais bien une volonté délibérée de sa part.
Le sens de cette démarche particulière demande quelques mots d’explication. Le décès de Pitou laisse cette suite d’échos qu’il rédigeait mensuellement bien orpheline. Il l’avait créée et y mettait un soin tout particulier.
Nous savons l’intérêt qu’y portaient les lecteurs dont certains nous ont même confié qu’ils s’empressaient de la lire en priorité. Aussi avons nous considéré lors de notre dernière réunion que «Râlons…mais aussi Alléluia» devait être maintenu. Pour honorer la mémoire de son créateur d’abord.
Mais certainement aussi pour satisfaire tous ceux d’entre-vous qui apprécient ces échos locaux. Il n’entre certes pas dans nos projets de rééditer l’appel du pied matérialisé par cette page blanche. Nous y mettons toutefois un préalable en formulant le souhait à quiconque de se montrer attentif aux petites nouvelles récoltées intra-muros ou d’autres plus «officielles» touchant notre quotidien.
Il suffira de les faire parvenir à l’équipe, peu importe la méthode d’envoi. Elle ajustera le tout. Ce ne serait qu’un pis aller car nous souhaitons qu’un de nos lecteurs se propose de prendre, à sa manière propre, le relais de Pitou en envoyant chaque mois à la rédaction un produit fini qui bien entendu, respectera le Code de Bonne Pratique paru dans le numéro de novembre. Toutes les propositions à cet égard seront les bienvenues.
Ce service rendu au bulletin et à ses lecteurs ne manquera pas d’être apprécié à sa juste valeur.
Le départ de Pitou nous a tous émus tant il comptait parmi les figures incontournables de Pacem in Terris.
La foule qui se pressait dans l’église Notre Dame de Laeken, comble pour lui dire un dernier adieu, en donna une preuve éclatante. La mort de notre ami vient aussi nous interpeller.
A des degrés divers bien entendu. Permettez toutefois de relever l’un d’eux qui concerne l’ensemble de notre organisation. Il s’agit d’un souci majeur que nombre de lecteurs ne désavoueront certainement pas.
Ainsi je vous invite lors de la parution fréquente de la liste des équipes à vous livrer à une rapide enquête.
Attachez-vous à donner un âge aux noms qui y figurent. Et cela fait, relevez le nombre d’équipes en tête desquelles ils apparaissent. En d’autres mots de combien de «casquettes» sont-ils coiffés ?
Ne vous étonnez pas si, en conclusion de cet examen, le mot de «gérontocratie» vient à l’esprit pour qualifier la tendance générale. Et donc de relever que la grande majorité des équipes constituant Pacem in Terris semblent bel et bien pilotées par des personnes âgées.
Ce constat étant posé, le moment viendra pour, impérativement mais aussi de façon responsable, penser à l’avenir car se voiler la face ne servirait qu’à écrire le mot de la fin.
Nous sommes tous concernés par le problème et le résoudre s’impose comme une évidence qui prend même un caractère urgent. Avant qu’il ne soit trop tard!

Claude Eugène

Retrouver le chemin de Vie

Dans les deux précédents bulletins, Daniel et Claude nous invitaient à aller voir de l’autre côté de nous-même et à oser accomplir un premier pas. Et l’Epiphanie nous a provoqué à l’aventure, à suivre l’étoile, à chercher Dieu.
Tout sauf du sur place ! Pas de répit. Voici le Carême.Convertis-toi et crois à l’Evan- gile !
C’est ce que nous entendrons au moment de l’imposition des cendres.
Change ton cœur et laisse toi habiter par l’Evangile ! Il n’y a pas si longtemps, nous célébrions Noël et l’Epiphanie et nous voici déjà au début du Carême.
Cela fait beaucoup Seigneur ! Un peu de calme ne ferait pas de tort … Vive la tranquillité !
C’est vrai que beaucoup de choses se bousculent autour de nous. Nous sommes choqués, meurtris par la violence, l’injustice et les valeurs qui s’étiolent.
Et nous nous sentons tellement démunis face à tant de problèmes à résoudre … Qu’y pouvons-nous ?
Eh bien justement, le premier geste qui sauve en ce début de Carême, ne serait-il pas de prendre le temps de se (re)poser, de faire un interlude pour prendre de la distance avec ce qui fait le quotidien de nos vies, nos habitudes,
le brouhaha du monde qui nous environne, pour descendre en nous-même, faire le point et réajuster nos comportements avec ce qui, pour nous, est important ?
Et ce moment de calme pourrait alors devenir un vrai moment de vie, un moment de vérité avec nous-même, un point de départ pour une vie plus authentique et signifiante, délivrée des milliers de choses qui nous encombrent.
Et puis, nous pouvons faire confiance à la vie et au monde qui nous entoure.
Nous allons repartir de plus belle par la suite. Mais peut-être que nous aurons retrouvé alors un peu plus de lucidité et de profondeur, davantage de sérénité et de bienveillance avec nous-même et les autres, un temps propice pour être à l’écoute de Dieu.
C’est sans doute cela retrouver le chemin de vie, celui que nous chuchote le Seigneur, en nous proposant entre autres, pour nous aider tout au long de ce chemin, la prière, sa Parole vivante, le partage fraternel, l’engagement pour la paix et la justice, avec comme engrais naturel et vivant l’amour pour nos frères et sœurs, quels qu’ils soient.
Retrouver le chemin de vie, n’est-ce pas donc aussi aller voir de l’autre côté de nous-même en accomplissant un premier pas sous le regard de Jésus ?

Paul Breda

Un premier pas...

Zone de transit, aéroport Atatürck d’Istanbul, 4 octobre 2015. Une foule bigarrée envahit les espaces réservés aux voyageurs en attente dont un grand nombre porte une tenue blanche.
Elle témoignait que celle ou celui qui la porte venait d’accomplir le dernier pilier de l’Islam, le pèlerinage à la Mecque, le Hadj. Ces voyageurs, des seniors pour la plupart, formaient des petits groupes devisant paisiblement.
Depuis un moment, je percevais quelques signes de nervosité parmi nos compagnons d’un beau voyage.
Il ne fallut pas attendre bien longtemps pour qu’une dame ne s’écrie: «Vous voyez ce qui nous attend!».
Un monsieur qui, ces derniers jours, avait déjà tenu des propos en disant long sur sa tolérance, maîtrisait difficilement sa colère. L’affaire fut loin de s’arranger au moment de l’installation dans l’avion vers Bruxelles; le blanc ne passait pas inaperçu… Comble d’ironie, notre homme se vit attribuer comme voisin de siège un pèlerin âgé serrant contre lui un Coran. Pas question de solliciter une autre place, l’A320, affichait complet.
Je pressentais l’incident en cours de vol. Il ne vint cependant pas.
Au contraire car, après de timides approches, je surpris ces voisins improbables réunis dans des échanges qu’ils agrémentaient de grands sourires… Des petits pas sur un bout de chemin qu’aucun d’eux ne s’imaginaient pouvoir réaliser. Les événements dramatiques qui endeuillèrent l’année 2015 nous poussèrent parfois à soupirer «à quoi bon…». Il y eut pourtant des humains «phares» dans la tempête; ils tracèrent des voies vers la réconciliation.
Il y eut le père d’Ismane Jarfi, ce jeune homme victime de la folie homophobe.
Malgré sa souffrance et tout rejeter, il créa une association portant le nom de son fils pour semer la tolérance parmi ceux qui la rejettent. Ou encore Ismaël Saidi (l’auteur de la pièce Jihad qui fait un vrai «tabac», 40.000 spectateurs, un nombre sans doute déjà dépassé).
Son livre «Les aventures d’un musulman d’ici» est un vibrant plaidoyer, éclatant de vie et d’humour, en faveur d’un vivre ensemble fondamental. Et encore, il y eut en TV l’ultime émission « Noms de dieux». Edmond Blatchen y avait invité Latifa Ibn Ziaten, la maman d’Imad, le militaire français mort sous les balles de Mohamed Mehrat.
Cette grande dame ne s’est pas barricadée derrière la haine. Elle alla vers les racines du mal, les lieux de vie du terroriste. Il fallait le talent de ce présentateur pour faire de cette rencontre un moment d’une intensité rare.
A son issue une interrogation surgissait: n’ai je pas, moi aussi, ma part à prendre? L’année passée, un membre de ma famille écrivait ces vœux: «Menaces d’orages forts? Sortirons-nous la tête haute pour affronter les rafales ? Là où nous sommes nous le déciderons à l’image de la lumière née un 25 décembre et toujours en marche pour une année fraternelle et solidaire».

Claude Eugène

De l’autre côté...

De l’autre côté de moi, j’ai rendez-vous avec un autre.
De l’autre côté de moi, celui que je ne connais pas. Il est toi, il est moi, il est nôtre, il va venir et je l’attends, il a les yeux d’une rivière, il ne compte jamais le temps qu’il met tout devant derrière.
Les étoiles ont un jardinier qui me dira où il demeure.
Je l’attendrai sous le figuier et nul ne sait ni le jour ni l’heure.
Il va venir comme la faim. Il n’est pas né dans une église. Il sert la paix comme du vin et chacun en boit à sa guise. Il va venir quand vient la nuit, enfant de paille, enfant de sable.

Il ne fait jamais aucun bruit, il entre toujours par l’étable. Il est toi, il est moi, il est nôtre… Jean Debruynne

A ma naissance je ne suis pas arrivé sans rien, ni tout neuf. Il m’est difficile de l’accepter, mais je n’avais pas tous les possibles ; j’étais déjà façonné, marqué, imprégné, orienté.
Pourquoi dès-lors parler d’égalité des chances alors que nous savons bien que tout était déjà « programmé ».
A ma naissance, de par mes parents, j’étais déjà habité, cultivé, éduqué. Avant même d’entendre, j’avais déjà entendu dire. Avant même de vivre, j’étais déjà dans un savoir-vivre, j’étais précédé.
Je suis arrivé dans une parole, sur Dieu et sur l’Homme, sur les choses et sur le monde.
Je me suis fait une place dans cette parole. Je me suis glissé dans ce déjà-là.
Mais dans ma vie, ce déjà-là peut être miné, meurtri, blessé, découragé, usé…
C’est alors qu’a surgi une Parole émerveillée…
Inspiré d’un texte de Jean Debruynne

Daniel Deschrijvere